“Je n’ai pas le temps” : Et si la photo n’était qu’une question de disponibilité ?

“Je n’ai pas le temps” : Et si la photo n’était qu’une question de disponibilité ?

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« Je n’ai pas le temps »

On entend cette phrase partout, comme un refrain de résignation. On imagine souvent que pour pratiquer la photographie, il faudrait disposer de journées entières de liberté, de voyages lointains ou de sessions de studio millimétrées.

Pourtant, la photographie ne demande pas de temps. Elle demande de la disponibilité.

Pourtant, la photographie ne demande pas de temps. Elle demande de la disponibilité.
Pourtant, la photographie ne demande pas de temps. Elle demande de la disponibilité.

Habiter le mouvement : de la contrainte au terrain de jeu

Être disponible, c’est accepter de recevoir ce que l’environnement propose. C’est transformer le « temps mort » en un terrain de jeu fertile. Pour cela, le mouvement est essentiel car il met l’esprit en vacances. Que l'on marche, que l’on pédale ou que l’on se laisse porter, le mouvement nous plonge dans une vigilance apaisée.

Comme le disait Nietzsche :

« Seules les pensées qui vous viennent en marchant ont de la valeur. »

La preuve que la disponibilité prime sur l'horloge, je l'ai trouvée entre 2018 et 2019 dans la banlieue de Buenos Aires. Mes journées n'étaient alors qu'une succession de flux, des trajets incessants pour aller donner des cours de français. A priori, je n'avais pas de temps. Et pourtant, c’est là que tout s’est joué.

Habiter le mouvement : de la contrainte au terrain de jeu

Je me suis alors souvenu d’un conseil précieux reçu lors de mon passage à l’agence parisienne Webistan. Mon premier mentor, le grand reporter Reza, m’avait confié ceci :

« Le meilleur accessoire d'un photographe, c'est une bonne paire de chaussures. »

C'est une photographie de l'instant, saisie sans effraction, où j’accepte ma condition de passager du réel. Je ne traque pas le sujet ; je le laisse venir à moi.
Je ne traque pas le sujet ; je le laisse venir à moi.

Alors la prochaine fois que vous souhaitez casser votre compte épargne pour un nouvel appareil, pensez déjà à investir dans une bonne paire de souliers !

De mon côté, plutôt que de subir ces heures de transport, j’ai donc choisi de les habiter. À pied, à vélo, ou collé à la vitre d’un bus, mon smartphone est devenu mon meilleur allié. Ici, pas de réglages complexes. L'outil s'efface pour laisser place au regard : panoramique, direct, instinctif. Cette technique discrète permet de préserver la spontanéité du geste et la réceptivité à ce qui surgit.

C'est ainsi qu'est née la série « Postales del Conurbano » (Cartes postales de la périphérie). Ces images documentent la texture du quotidien. C'est une photographie de l'instant, saisie sans effraction, où j’accepte ma condition de passager du réel.

Je ne traque pas le sujet ; je le laisse venir à moi.

Je ne traque pas le sujet ; je le laisse venir à moi.
Je ne traque pas le sujet ; je le laisse venir à moi.
Je ne traque pas le sujet ; je le laisse venir à moi.
Je ne traque pas le sujet ; je le laisse venir à moi.

Muscler l'œil : la discipline de la micro-série

De cette pratique du mouvement est né un second exercice, plus formel : la micro-série.

Le principe est simple mais exigeant : sur un temps très court (un trajet, ou quelques jours maximum) et avec une limite stricte de 9 images, je me concentre sur une thématique unique.

Ce fut le cas, par exemple, pour ma série « Orange » à Buenos Aires en 2019.

Ce fut le cas, par exemple, pour ma série « Orange » à Buenos Aires en 2019.

Pourquoi s'imposer des limites ?

On imagine souvent, à tort, que la liberté totale est le terreau de la créativité. Pourtant, face au chaos du réel, l’absence de cadre mène souvent à l'éparpillement. L'imposition d'une contrainte n'est pas une prison, c'est un levier. Elle permet d'affûter la vision en éliminant le superflu.

Série photographique de Jack Solle

En vous fixant une règle du jeu, vous installez un filtre mental qui structure votre regard : vous ne cherchez plus « une belle image », vous cherchez une réponse à un problème donné. C’est précisément là que l’observation passive se transforme en analyse active.

Pour vos trajets quotidiens, vous pouvez choisir une seule porte d'entrée :

  • Une couleur dominante : Traquer le rouge dans la grisaille urbaine ou laisser l'orange (comme dans ma série à Buenos Aires) guider vos pas. La couleur devient alors le fil d'Ariane de votre déambulation.

  • Une vitesse d’obturation spécifique : Utiliser des temps de pose longs pour suggérer le passage, transformer les passants en spectres ou créer des filés qui traduisent l’urgence du transport. Ici, on photographie le mouvement plutôt que le sujet.

  • Un espace géographique ou technique délimité : Ne photographier qu’à travers la vitre d'un bus, ou uniquement dans un rayon de 100 mètres autour d'un arrêt précis.

L’objectif final n’est pas systématiquement de construire un récit documentaire exhaustif, mais de muscler l’œil. Considérez chaque micro-série comme une gamme au piano : une étude qui demande une intention claire, une rigueur formelle et, encore et toujours, cette fameuse réceptivité à ce qui défile.

C’est dans ce cadre restreint que l’imprévisible devient spectaculaire.

Et vous, quels sont les "temps morts" de votre journée que vous pourriez transformer en espace de création ?

Série photographique de Jack Solle

Jack Solle

Co-fondateur de Préludes Photo, la photographie est pour moi un mode de vie, un langage fait pour raconter des histoires sur le monde. Cette passion qui est devenue mon métier, je tâche de la transmettre à travers les différentes formations auxquelles je participe.


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