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Formation en ligne | édition 2025/2026

Retiens le bleu
Edwina Bellahouel

Edwina Bellahouel photographe
« Une expérience dense qui a constitué une étape riche et précieuse dans mon parcours. À distance, Jack et Carolina ont su, avec bienveillance, me donner les clés pour nourrir non seulement ce projet, mais également ceux à venir. Une belle aventure humaine, partagée avec les autres participants. »
— Edwina

Mon regard s’est posé sur Ua-pou, cette île singulière de l’archipel des Marquises, dont les reliefs basaltiques abrupts dominent l’océan Pacifique. Les côtes ouest des îles Marquises, à l’abri des alizés, ont connu des déficits pluviométriques récurrents, métamorphosant peu à peu leurs écosystèmes.

À travers Retiens le bleu, je n’ai pas cherché à documenter l’aridité de manière spectaculaire, ni à photographier l’eau visible ou son absence définitive, mais plutôt à capturer ce qu’elle laisse derrière elle.

Ici, la sécheresse ne se manifeste pas de manière spectaculaire : elle s’inscrit dans des transformations discrètes, une lumière plus dure, des végétations fragilisées, des sols altérés.

L’eau, devenue rare face aux enjeux climatiques contemporains, persiste sous forme de traces, d’attente et de mémoire. Le paysage que j’explore porte les stigmates d’une sécheresse passée dont les effets demeurent, alors même que la menace d’un nouvel assèchement plane continuellement sur l’île.

Le bleu traverse cette série comme le fil conducteur de ma démarche, résonnant comme l’écho d’une présence disparue. Couleur paradoxale dans ce paysage asséché, il n’incarne pas l’eau dans sa matérialité présente, mais bien ce qu’elle a été. C’est le fantôme d’une fluidité perdue. J’ai inscrit mes images dans une temporalité suspendue, proche de l’heure bleue, ce moment d’entre-deux où la lumière vacille. Dans cette atmosphère crépusculaire, les formes s’atténuent, les repères se troublent, et le paysage glisse vers un état incertain, à la lisière de l’effacement.

Sur l’île, la renaissance ne relève pas d’un retour à l’état initial. Elle apparaît fragile, cyclique, incomplète.

Le paysage n’est ni disparu ni régénéré : il demeure en suspens : figé dans une forme d’attente.

La série propose ainsi une approche sensible et poétique de la sécheresse envisagée non comme une fin, mais comme un état de transition, une manière d’habiter encore un territoire qui retient la mémoire de l’eau pour continuer d’exister.

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